Vous semblez déduire du fait que "les individus ne sont donc pas totalement responsables de leur capital santé" qu'il y a une "place pour une politique de la santé" ainsi que pour des institutions publiques de santé.____
Cela me semble un non-sequitur. Le paysan n'est pas responsable du temps qu'il fera demain, et il ne peut rien contre un orage qui va anéantir ses récoltes. Faut-il par conséquent une politique agricole ? Un soutien de l'Etat qui viendra à son secours en cas de pépin ?
Non. C'est uniquement une question d'assurance. L'assurance est faite pour nous sécuriser face aux aléas. De la même façon, les aléas de santé contre lesquels nous ne pouvons rien peuvent être pris en charge par l'assurance. L'Etat ne fait pas autre chose qu'usurper cette mission, et il fait ça beaucoup plus mal qu'un vrai assureur. Il n'est pas davantage de la mission de l'Etat de s'occuper de santé que d'approvisionnement alimentaire ou d'habillement.
Si par "politique de la santé" vous entendez la prévention ou la prophylaxie, on n'a pas besoin non plus, de nos jours où l'information circule si vite et si bien, d'un état pour faire ça. Un ordre des médecins ou des pharmaciens suffit (ou d'autres types d'associations, voire les assureurs-santé qui, au premier chef, sont préoccupés de limiter les dépenses).
"Le comportement des autres peut nuire à ma santé (externalités négatives)", certes, mais cela ne justifie pas davantage une intervention étatique au-delà de règles évidentes qui expriment les droits de chacun à ne pas subir d'agression (les autres peuvent aussi me nuire par leur comportement au volant d'une voiture, c'est pour cela qu'il y a un code de la route, pas besoin de "politique de la route").
Peut-on à la fois justifier l'existence d'une politique de la santé et reprocher à l'Etat de faire du planisme ?
Et quel serait le contenu d'une politique de santé qui serait légitime ?
Que la santé soit une affaire publique ne signifie pas que l'Etat ait à y intervenir. L'Etat est un très mauvais assureur, comme il est un très mauvais médecin, banquier, entrepreneur, enseignant, etc.
Il se trouve que l'Etat a aujourd'hui une politique de la santé, mais ça ne veut pas dire qu'une telle politique soit nécessaire, ni qu'il soit nécessaire que ce soit l'Etat qui s'en charge, de même que l'Etat n'intervient plus dans le "commerce des grains", comme il le faisait au XVIIIe siècle.
Que l'Etat se limite à sa fonction de monopole de la force, qu'il remplit déjà très mal... ça nous fera une santé, comme on dit !
C'est aussi pour moi l'occasion de constater l'ignorance profonde des Français. Voilà un commentateur à cet article de Jean-Louis qui n'imagine pas qu'il y ait une vie sans (ou après) la Sécu, et qui écrit : "Quelle assurance maladie privée va régler le traitement de votre enfant leucémique, la chimio onéreuse de votre cancer, vos opérations chirurgicales ?". J'imagine qu'au XVIIIe siècle les citadins ignorants devaient penser : "qui va nous fournir du pain si l'Etat ne s'occupe pas du commerce du blé ?" Et en France, il y a quelques décennies : "que va-t-on devenir si l'Etat supprime le contrôle des prix ?". C'est comme un prisonnier qui serait depuis si longtemps en prison qu'il n'imaginerait pas comment on peut vivre autrement que derrière les barreaux.
Je l'ai lu et entendu à de nombreuses reprises : énormément de gens sont persuadés qu'il est impossible de gérer la santé autrement que par l'Etat, ou plutôt par une gestion collective type SS : "vous ne vous rendez pas compte combien ça coûte" , "en fin de vie les dépenses sont ahurissantes", etc. Il ne comprennent pas que la sinistre SS n'est pas une magicienne, mais qu'elle joue (ou essaie de jouer) le rôle d'un assureur, ni plus ni moins. Et avec tous ses déficits elle a les poches moins profondes qu'un assureur, lui-même réassuré.
Georges Lane, dont je recommande le récent article "les assurances privées du risque maladie", explique avec raison :
Nos historiens oublient, cachent ou, tout simplement, ne savent pas que l'assurance est en définitive l'une des dernières grandes découvertes de l'homme, l'un des derniers grands progrès technologiques dans le domaine économique et social. Celui-ci tient à ce qu'elle combine des techniques tant juridiques qu'économiques ou mathématiques qui avaient été découvertes antérieurement et qui, comme la propriété, la responsabilité juridique, le contrat ou la prévoyance (l'épargne, financière ou non, la spéculation) avaient fait leur preuve pour accroître le domaine du certain de tout être humain. Il contribue à ce que les individus choisissent de vivre en société, sinon en toute connaissance, du moins en une ignorance réduite.
1 commentaire:
Bonjour, je me renseigne sur le monopole (ou non) de la sécurité sociale et je souhaiterais recueillir votre témoignage. Pourriez-vous me joindre, s'il vous plaît : m.simon@francesoir.fr . Merci d'avance !
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